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Les défis du financement de la lutte pour l’égalité des sexes à l’échelle internationale demeurent

By Governance Village - 12 months ago

Dix ans après « l’intégration » de fonds canadiens dans les programmes de développement, les groupes de défense des droits de la femme à l’échelle internationale affirment qu'ils n'ont toujours pas les ressources nécessaires pour produire des changements réels nécessaires pour effectuer des changements réels.

ENGLISH VERSION

Par Christopher Mason
Collaborateur du Village de la gouvernance


Montréal - Dans une salle de conférence bondée d'un hôtel du centre-ville de Montréal, Rita Soares-Pinto, membre de la Fondation Walter et Duncan Gordon, pose une question à l'auditoire : « Qui parmi nous éprouve le sentiment qu'il y a encore du chemin à faire pour promouvoir l'égalité des sexes et les droits de la femme? ».  


Qu'une marée de mains se soit levée n'est peut-être pas surprenant étant donné que l'auditoire était majoritairement composé d'universitaires, de représentants d'ONG et de fonctionnaires spécialisés dans les questions des droits de la femme.  

 Certes, le groupe s'était  réuni pour discuter les efforts du Canada pour promouvoir les droits de la femme par le développement international. Néanmoins, la réaction illustrait aussi un sentiment largement répandu (et bien ancré) : le Canada n'est pas à la hauteur de son potentiel et de son obligation de promouvoir l'égalité des sexes à l'étranger.  

L'objectif principal de la conférence « Droits des femmes et égalité entre les sexes dans la coopération canadienne : défis et perspectives » organisée par l'Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) et la Fondation Walter et Duncan Gordon, était de faire le bilan de la politique d'égalité des sexes adoptée par l'Agence canadienne de développement international (ACDI) dix ans auparavant.  

 En 1999, l'ACDI a remanié sa politique quant au soutien des droits de la femme. Ainsi, au lieu de traiter la question des droits de la femme comme un problème isolé, elle l'avait inclus dans ses projets de financement de portée plus globale, l'intégrant de fait dans le courant dominant.  

 Cependant, dix ans plus tard, il existe un consensus grandissant selon lequel cette intégration dans une multitude de problèmes de développement, tant au Canada qu'à l'étranger, est en train de noyer la cause l'égalité des sexes dans le brouhaha d'autres secteurs d'aide.  

« L'égalité des sexes est un processus invisible », a déclaré Myriam Gervais, professeure adjointe à l'Université McGill qui a piloté un examen de deux ans des initiatives de promotion de l'égalité des sexes de l'ACDI.  

 Il y a dix ans, l'ACDI revoyait son financement pour l'égalité des sexes à la lumière de la déclaration de la Conférence mondiale des Nations Unies sur les femmes tenue à Beijing en 1995. En effet, elle énonçait l'égalité des sexes en tant qu'un droit humain fondamental qui ne devrait pas être considéré isolément comme une question concernant seulement les femmes.  

 C'est ainsi que plusieurs pays et organismes ont modifié leur position vis-à-vis de la programmation axée sur l'égalité des sexes - une position qui, selon beaucoup, est en train de fondre dans la masse la cause des droits des femmes.  

 Dans un rapport de 2006 intitulé « Où est l'argent pour les droits des femmes? » de l'Association pour les droits de la femme et le développement (AWID), les auteurs plaident pour qu'un nouveau regard soit posé sur le financement et la programmation axés sur l'égalité des sexes.  

 « L'approche intégrée de l'égalité entre les sexes, d'abord promue par les groupes de défense des droits de la femme comme un élément clé pour intégrer la question de l'égalité entre les sexes dans tous les organismes et les programmes, n'a pas réussi à renforcer l'action vis-à-vis des droits des femmes tel que projeté », lit-on dans le rapport. « Cette optique a même conduit, dans certains cas, à une ségrégation des spécialistes de l'égalité entre les sexes et des programmes particulièrement destinés aux femmes. »  

 Cette tendance n'est pas passée inaperçue au sein de la communauté du développement. Beaucoup d'organisations de défense des droits de la femme pensent que leurs causes attireraient plus d'attention et de soutien si l'ACDI réservait des fonds pour le financement de projets visant spécifiquement à promouvoir l'égalité des sexes.  

 « Nous sommes intégrés de façons qui ne sont ni à notre goût ni dans nos intérêts », a déclaré Molly Kane qui était jusqu'à récemment la directrice générale d'Inter Pares, une organisation canadienne vouée à la justice sociale.  

 Quant à l'efficacité des politiques de l'ACDI, l'approche intégrée dans le financement des projets pour l'égalité des sexes a compliqué le suivi des progrès du soutien. Les statistiques disponibles les plus récentes montrent que le financement global des programmes dont les objectifs incluent l'égalité des sexes est passé de 87 millions de dollars canadiens en 1999‑2000 à 108 millions de dollars canadiens en 2005-2006.  

 Toutefois, le financement de projets ayant comme objectif unique l'égalité des sexes a en fait diminué au cours de cette période, passant de 34 millions de dollars canadiens annuellement à 26 millions de dollars canadiens.  

 « Nous sommes en évolution constante », a déclaré Diana Rivington, directrice, Égalité entre les femmes et les hommes à l'ACDI, chargée en 1999 de l'examen des politiques d'égalité des sexes de l'agence.  

À la conférence de Montréal, M me Rivington n'a pas dit si l'ACDI est (ou serait éventuellement) ouverte au rétablissement des questions de l'égalité des sexes en tant que sujet autonome. Mais elle a défendu la solidité des politiques d'égalité des sexes, tout en ajoutant que l'ACDI est consciente des nombreux progrès à faire avant d'atteindre un niveau acceptable de soutien.  

 « Il reste du chemin à faire », a-t-elle affirmé.  

 Le manque de financement des programmes axés sur l'égalité des sexes n'est naturellement pas un problème uniquement canadien. À l'échelle internationale, les organisations vouées à l'amélioration des droits de la femme continuent à lutter pour obtenir un financement de base.  

 Les experts en la matière décrivent un effet cyclique selon lequel les donateurs internationaux préfèrent de plus en plus faire un don unique, mais important, plutôt que plusieurs dons plus petits et espacés dans le temps. Cependant, la plupart des organisations de défense des droits de la femme n'ont pas la capacité d'accepter des dons aussi importants, et ne peuvent pas non plus se développer sans qu'on leur en donne les moyens financiers.  

 D'après une enquête publiée en 2008 par l'AWID, deux tiers des organisations de défense des droits de la femme ont un budget annuel de moins de 50 000 $. Cette proportion est restée inchangée au cours des dernières années.  

 « La communauté des bailleurs de fonds et les organisations de défense des droits des femmes doivent briser le cycle qui garde ces organisations sous-développées et sous-subventionnées », indique le rapport intitulé « L'état des organisations de défense des droits des femmes ».  

 Se référant au rapport de l'AWID, Joanna Kerr, directrice des politiques et des relations externes à Oxfam Canada et anciennement avec l'AWID, a communiqué que la plupart des organisations de défense des droits de la femme déclarent devoir doubler ou tripler leurs budgets avant de pouvoir devenir efficaces.  

M me Kerr a demandé aux bailleurs de fonds tels que l'ACDI de consacrer des ressources financières au renforcement des organisations de défense des droits de la femme afin qu'elles puissent être en mesure de recevoir de plus grandes donations. Pour le moment, dit-elle, la communauté de donateurs est trop centrée sur des subventions uniques à buts spécifiques qui ne peuvent avoir qu'une incidence limitée à long terme sur les organisations de défense des droits de la femme et leur travail dans ce domaine.  

 « La plupart des soutiens financiers que nous recevons ou octroyons sont affligés de ce que nous appelons la "projetose" », a-t-elle indiqué.

 

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