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Governance  Village

Le rôle des caucus de femmes parlementaires dans la promotion de l'égalité et de l'efficacité

By Governance Village - 11 months ago

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Ryan Barker, Centre parlementaire
Jacqueline O'Neill, Institute for Inclusive Security

La semaine dernière, un groupe de 11 femmes franchit le seuil d'un bâtiment fédéral à Washington D.C. Un garde chargé de la sécurité leur demanda d'où venait le groupe. « Du Soudan », répondit l'une d'entre elles. « Où sont les hommes? », poursuivit-il. Après une brève pause, l'une d'elles répondit : « À la maison, en train de se battre les uns contre les autres. »

Le groupe fait partie d'un caucus de femmes parlementaires - le seul caucus non partisan de l'Assemblée nationale du Soudan. Il comprend 82 femmes membres de la Chambre haute et de la Chambre basse issues de régions, d'ethnies et de communautés religieuses différentes. Grâce à l'appui du Centre parlementaire et de l'Institute for Inclusive Security, les représentantes se sont rendues à New York pour assister à la Commission de l'ONU sur la condition de la femme, et aussi à Washington D.C. pour plaider la cause de la participation des femmes dans les mécanismes de prise de décision.

Partout dans le monde, les caucus de femmes parlementaires sont en train de s'imposer comme des organismes efficaces pour le renforcement de la gouvernance démocratique. Elles aident à combler les divisions sociales, et à renforcer les voix marginalisées ainsi que les branches législatives du gouvernement, en particulier dans les sociétés affectées par différents conflits.

Les femmes parlementaires soudanaises ont créé leur caucus il y a moins de deux ans, mais comme l'expliquent les membres : « c'était un bébé né avec des dents ». En partenariat avec les membres de la société civile, elles ont obtenu un quota garantissant aux femmes un minimum de 25 pour cent des sièges à l'Assemblée nationale. Elles se sont assurées que le budget prend en compte la question de l'égalité des sexes. Elles ont organisé une conférence nationale des femmes législatrices issues d'organismes nationaux et locaux. Avec les élections prévues pour la fin de cette année en vue, elles voyagent à travers le Soudan pour encourager d'autres femmes à voter et à se porter candidates aux élections.

En créant le seul caucus non partisan de l'Assemblée législative, les femmes ont fait preuve d'une conduite exemplaire en matière de pragmatisme et de collaboration, ce qui était demandé depuis longtemps par la communauté internationale et très attendu par les citoyens soudanais. Lorsque le Mouvement populaire de libération du Soudan, l'un des deux signataires de l'Accord de paix global, suspendit sa participation au gouvernement d'unité nationale en 2007, beaucoup se demandèrent si la coalition gouvernementale allait se reformer. Malgré tout, pendant ce temps, le caucus des femmes maintenait ses réunions.

Au Rwanda, où Inclusive Security travaillait en étroite collaboration avec le caucus des femmes, les membres ont mis en valeur l'apport unique des femmes parlementaires dans la promotion des principes de gouvernance. En développant une législation contre la violence fondée sur le sexe, le groupe a présenté le premier projet de loi de fond initié par le pouvoir législatif plutôt que par le pouvoir exécutif. Le processus d'élaboration était aussi important que le contenu de la législation. Le caucus des femmes convoqua les Rwandais à des débats publics à travers le pays. Cela a facilité le recueil de données pour le projet de loi, l'obtention du soutien public pour en faire une loi officielle, et renforcé les liens entre les citoyens et leurs représentants. Le caucus a ensuite invité les hommes parlementaires à coparrainer le projet de loi afin d'en accroître le niveau de soutien et de popularité.

Les données prouvant l'efficacité des caucus de femmes deviennent de plus en plus nombreuses, même quand il ne s'agit pas de zones sortant d'un conflit. Par exemple, une étude américaine a révélé que parmi les cinq législatures d'État qui ont adopté le plus de lois liées aux femmes, aux enfants et à la famille, quatre ont officiellement créé des caucus de femmes. Aucun des États les moins avancés dans ce genre de législation n'en a créé.

Les expériences au Soudan et en Rwanda font écho aux échanges entre les femmes parlementaires dans les autres pays. Lors d'entrevues avec les membres du Réseau pour l'égalité des sexes au sein du Programme de renforcement parlementaire Afrique-Canada (PARP) organisé par le Centre parlementaire, « responsabiliser » était le mot le plus fréquemment utilisé par les parlementaires. « J'ai très bien fait de participer, dit l'une, je me sens responsabilisée. »

Cette confiance est en partie le résultat de la force du nombre. Grâce à l'influence des participants au programme, les systèmes de quotas au Niger et en Éthiopie ont engendré une nette augmentation du nombre de femmes parlementaires dans les deux pays. En Ouganda, les sièges réservés aux femmes ont été épargnés de contre-réforme électorale. Ce sont des résultats spécifiquement attribués au programme qui a été financé par l'Agence canadienne de développement international (ACDI). L'ACDI soutient également le projet de Renforcement de la paix et des institutions parlementaires au Soudan au sein du Centre parlementaire.

Toutefois, la force du nombre par elle-même n'est pas suffisante. Les femmes parlementaires - et par extension, les caucus de femmes - ont besoin de soutien technique.

« Le problème des négligences budgétaires est en train de devenir de plus en plus prioritaire aussi bien aux yeux des parlementaires hommes que femmes », explique la présidente du Centre parlementaire, Amelita Armit, « les demandes d'aide pour l'établissement de budgets sensibles à l'égalité des sexes sont particulièrement nombreuses. » Le nombre disproportionné de femmes et de filles qui vivent sans égalité d'accès aux ressources affectées à leurs besoins de base sociaux, en éducation et en soins de santé signifie qu'un examen sérieux des budgets gouvernementaux est de rigueur. Le renforcement des moyens pour effectuer ce genre de contrôle sera le thème de la prochaine phase de programmation panafricaine du Centre.

Inclusive Security continuera à soutenir et à plaider le besoin d'aide technique et de ressources financières pour accroître la capacité et la confiance en soi des législatrices. Il s'agit notamment de mener des recherches pour guider les priorités législatives; de clarifier la séparation des pouvoirs et les rôles, les responsabilités et les possibilités d'action des législatrices; d'encourager les femmes à se porter candidates aux élections en leur fournissant des connaissances utiles pour naviguer dans les eaux politiques, telles que l'art oratoire, le lobbying, les stratégies de campagne et le savoir-faire politique en général.

 

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