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Les violences postélectorales visant les femmes figurent parmi les questions qui ont forcé la communauté internationale à repenser son approche dans la lutte pour l'égalité des sexes dans ce pays d'Afrique de l'Est.
ENGLISH VERSION
Par Christopher Mason
Collaborateur du Village de la gouvernance
MONTRÉAL - La perspective sur la condition de la femme au Kenya semblait être optimiste à la veille des élections présidentielles kenyanes de décembre 2007.
Un nombre record de femmes se sont présentées comme candidates lors du scrutin, un indicateur fréquemment utilisé par les observateurs internationaux pour mesurer le niveau d'égalité entre les sexes dans une région donnée.
Mais, c'est maintenant un fait connu partout dans le monde qu'aucun nombre de candidates n'aurait pu empêcher les actes de violence horrifiques qui ont suivi la victoire contestée du président sortant, Mwai Kibaki, sur le leader d'opposition, Raila Odinga.
Au total, les combats qui ont opposé les deux factions presque jusqu'en fin février 2008 ont fait 1 500 morts et 250 000 déplacés.
Les actes généralisés de viol et de violence perpétrés contre les femmes au sortir des élections sont la preuve que les progrès enregistrés au chapitre de l'égalité des sexes, à savoir un nombre record de candidates et la présence de nombreuses organisations de défense des droits des femmes, étaient beaucoup moins solides qu'on ne pensait.
En fait, certains experts disent maintenant que l'ampleur des actes de violence et des agressions sexuelles contre les femmes du Kenya est un signe que la communauté internationale doit remettre en question la manière d'évaluer les progrès en matière d'égalité des sexes et recommencer à collecter des fonds et à recruter du personnel pour contester les attitudes institutionnalisées envers les femmes qui incitent à la violence.
En octobre 2008, une commission d'enquête sur les élections et la violence postélectorale au Kenya a soumis son rapport. Il révèle de nombreuses preuves de violences sexuelles dont les séquelles seront prolongées, en raison de blessures physiques et psychologiques, de la propagation du VIH/sida et d'autres maladies, ainsi que des répercussions sociales mises en évidence par de nombreux cas de victimes d'agression sexuelle abandonnées par leurs maris.
Millicent Obaso, une conseillère qui travaille auprès des victimes de violences sexuelle et sexiste au sein de CARE International, également conseillère en matière de VIH/sida pour l'Afrique orientale et centrale, a informé la commission que les incidents de violence sexuelle étaient « la conséquence directe des inégalités entre les hommes et les femmes ».
Beaucoup ont été pris de court par cette preuve absolue que les avancées perçues au chapitre de l'égalité des sexes au Kenya avaient été anéanties le temps d'une crise.
Cependant, selon L. Muthoni Wanyeki, directrice de la Commission kenyane des droits de l'homme, l'optimisme international ressenti au début de la décennie envers l'égalité des sexes et le financement dans ce domaine n'ont pas réussi à engendrer des progrès substantiels.
« Tous les mécanismes mis en place pour promouvoir l'égalité des sexes se sont avérés insuffisants », a déclaré M me Wanyeki dans un discours prononcé à Montréal, lors d'une conférence récente visant à examiner l'état du mouvement pour l'égalité des sexes.
Elle a ajouté qu'au Kenya, comme dans d'autres pays, les organisations et les ministères du gouvernement voués à la cause des droits des femmes n'ont pas les outils nécessaires pour limiter la violence contre les femmes.
« Ils n'ont pas l'influence, ni le pouvoir et les ressources humaines nécessaires », a dit M me Wanyeki, ajoutant que la violence a entrainé « une paralysie du mouvement des droits des femmes » au Kenya.
Les agences gouvernementales chargées de la promotion de l'égalité entre les sexes ont également été incapables d'atténuer la violence contre les femmes suite aux élections au Kenya.
« Même les ministères du gouvernement dévoués à la défense des droits de la femme n'avaient pas la capacité nécessaire », a précisé M me Wanyeki. « Il a été difficile, sinon impossible, de faire parvenir de l'argent là où le besoin était le plus aigu ».
Les incidents tels que les violences postélectorales sont en train d'engendrer une remise en question des efforts de promotion de l'égalité des sexes et des mesures d'évaluation des progrès dans ce domaine.
Un des signes de cette remise en question est la croyance de plus en plus répandue que les critères numériques souvent utilisés pour évaluer les progrès dans le développement de l'égalité des sexes ne veulent pas dire grand-chose. Par exemple, le nombre de députées femmes ou de candidates aux élections est souvent utilisé comme mesure de succès dans les efforts visant à promouvoir l'égalité des sexes dans les pays en voie de développement (le fait qu'initialement des femmes puissent poser leur candidature et que les électeurs soient prêts à élire une femme est perçu comme un signe d'évolution des attitudes).
Mais beaucoup en sont venus à considérer cette méthode comme un moyen simpliste de mesurer les progrès, surtout si ces politiciennes n'ont pas le pouvoir et la sécurité nécessaires pour jouer un rôle efficace dans le gouvernement. Dans le cas présent, les politiciennes du Kenya n'ont pas pu défendre ou promouvoir les droits de la femme en pleine violence postélectorale.
« Trop souvent, les chiffres sont utilisés comme mesure d'évaluation, mais ils ne reflètent pas toujours la réalité sur le terrain », a déclaré Rose Mensah Kutin, directrice d'Abantu pour le développement au Ghana.
La question des chiffres éclipse les retombées aussi bien positives que négatives sur le plan de l'égalité des sexes, a-t-elle dit. Par exemple, lors des plus récentes élections au Ghana, sept femmes de moins ont été élues au parlement.
« Mais le panorama est nettement meilleur en ce qui concerne la sensibilisation à l'égalité des sexes », a déclaré M me Kutin.
Deux sujets de débat surgissent souvent parmi ceux qui œuvrent pour promouvoir l'égalité des sexes : identifier de nouvelles approches pour mesurer les progrès dans la lutte pour l'égalité des sexes et sensibiliser la communauté internationale au travail énorme qui reste à faire.
Ces sujets ont largement été débattus à la conférence de Montréal au cours de laquelle M mes Wanyeki et Kutin ont pris la parole. Une conférence qui a rassemblé principalement des ONG canadiennes, des universitaires et des agences gouvernementales pour des échanges sur les moyens d'accroître l'efficacité de leur travail au niveau de l'égalité des sexes.
Bien qu'il n'y ait pas encore de solutions (cependant, ils sont unanimes sur la nécessité de renforcer le financement des organisations de défense des droits de la femme), une chose est claire : avant de pouvoir faire plus de progrès tangibles dans ce domaine, les organisations doivent faire plus d'efforts pour faire parvenir des fonds limités à ceux qui travaillent sur le terrain tout en réduisant la bureaucratie - un problème auquel font face tous les secteurs de développement.
Un exemple de développement qui a contribué à l'autonomisation des femmes est la croissance de programmes de microcrédit qui accordent des prêts modestes aux entrepreneuses en manque de fonds de roulement, sans lesquels elles ne seraient pas en mesure de démarrer ou de développer leur entreprise.
Mais pour l'instant en tout cas, l'efficacité de ces programmes n'est pas suffisamment à grande échelle pour avoir un effet généralisé sur l'égalité des sexes qui pousse encore plus la communauté de développement et les gouvernements étrangers et nationaux à instaurer un changement.
« La réponse de l'État sur les droits de la femme est faible et problématique », a déclaré M me Wanyeki. « Par rapport à la position que nous pensions occuper dans les années 1990, le portrait est plutôt sombre ».
Ancien reporteur et mentor au Daily Monitor en Ouganda, Christopher a pu profiter de sa présence sur le terrain pour rendre compte du rôle des médias dans les efforts de développement. Auparavant, Christopher écrivait pour le New York Times. Il est actuellement le correspondant au Canada du quotidien britannique, Financial Times. Son blogue sur le Village de la gouvernance est accessible auwww.igloo.org/radiosilence.
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